Quêtes du dimanche de l'épiphanie

Publié le par Ensemble paroissial Pibrac et Brax

Cette quête pontificale pour les Églises d’Afrique est une occasion d’exprimer, par la prière et par le partage, notre soutien à 223 diocèses dans 28 pays d’Afrique. Ces diocèses, par leur vitalité et leur vive espérance, sont un vrai témoignage pour notre Église d’Europe.

Cette quête pontificale pour les Églises d’Afrique est une occasion d’exprimer, par la prière et par le partage, notre soutien à 223 diocèses dans 28 pays d’Afrique. Ces diocèses, par leur vitalité et leur vive espérance, sont un vrai témoignage pour notre Église d’Europe.

LA SOBRIÉTÉ HEUREUSE

Pourquoi ce thème ? Comment l’aborder dans la prédication, la liturgie, le débat public ou pastoral ?

Dans l'encyclique Laudato Si’, le pape François invite les catholiques du monde entier, et plus largement tous les hommes de bonne volonté, à entrer sur le chemin de la sobriété, non pas une sobriété qui serait une punition pour ceux qui la pratiquent mais une sobriété heureuse (LS n°224). Cette nécessité de changer de modèle, d'entrer sur le chemin d'une consommation respectueuse de la nature et des hommes, apparaît de plus en plus comme une urgence pour nos contemporains. Qu'il s'agisse du changement climatique ou de la récente pandémie de la Covid-19, tous les signaux sont au rouge et nous n'avons plus le temps d'attendre.

Face à cette urgence, l'Église est porteuse d'un message pour l'humanité en recherche de nouvelles voies. La Bible, la tradition des Pères, l'Évangile, les ordres religieux ont promu une manière de vivre et d'être qui préserve la création comme don de Dieu et qui protège les hommes des dérives de la possession avide des richesses et de l'exploitation du frère.

Allant puiser à cette source, nous allons trouver les bases de l'écologie, du développement intégral de l'homme.

1. La sobriété heureuse à l'écoute de la tradition

La sobriété est partout présente chez les peuples de l'Ancien Testament. Le plus souvent nomades, ils devaient régulièrement quitter la terre où ils s'étaient installés pour nourrir leurs troupeaux. Ils étaient bergers comme Moïse faisant paître le troupeau de son beau-père Jéthro (Ex 3). Puis les nomades se sont sédentarisés avant que l'exil ne les jette à nouveau sur les chemins de la traversée du désert. Le peuple de Dieu a gardé la mémoire de l'importance de l'eau et de la nourriture. Aux heures de disgrâce, quand il s'éloignait de son créateur, les prophètes lui rappelaient la leçon du désert : "Je te conduirai au désert et tu répondras comme au temps de ta jeunesse", dira Osée dénonçant l'infidélité des hommes. À ce peuple trop bien nourri il dira : "Moi, je t’ai connu au désert, au pays de l’aridité. Arrivés au pâturage, ils se sont rassasiés ; ils se sont rassasiés et leur cœur s’est enorgueilli ; aussi m’ont-ils oublié" (Os 12, 5-6). À chaque repas une prière viendra rappeler cela car l'humilité est ce qui nous préserve de l'oubli de notre condition de créature, même quand le peuple, devenu agriculteur, sera capable de produire lui-même sa nourriture. Jésus et ses disciples verront dans la dépendance aux dons de Dieu un signe de la liberté des hommes.

Cela est paradoxal pour l’homme du XXIe siècle. La liberté, nous la situons du côté de l'autonomie, de l'affranchissement, de l'autosuffisance, quitte à ruiner la terre, à l'épuiser, pour nous enrichir toujours davantage. Or, Jésus nous prévient : "Gardez-vous bien de toute avidité car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède" (Lc 12, 15). Il ne s'agit pas de condamner la richesse. Dieu lui-même n'a-t-il pas gratifié Abraham de toute sa richesse, faisant de lui un homme puissant et respecté ? (Gn 24, 35). Ce qui est à dénoncer, c'est le principe d'accumulation. À quoi sert-il d'accumuler des richesses dont nous ne profitons même pas et qui appauvrissent nos frères en humanité ? C'est tout le sens de la parabole du riche insensé que nous rapporte Luc (12, 16-21).

C'est tout le sens des conseils de Paul à Timothée : "La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercés l’âme de tourments sans nombre" (1Tm 6, 10). Un peu plus tard, les Pères du désert et les moines découvriront que, pour se donner à Dieu en vérité, il faut auparavant, et selon le conseil évangélique de Jésus au jeune homme riche ("Va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis, viens, suis-moi" Mt 19, 21), s'être laissé dépouiller de tout ce qui n'est pas essentiel.

Face à l'amour de l'argent et à l'esclavage dans lequel il nous tient, il y a la liberté du cœur, de l'esprit et de l'âme que nous donne la pratique d'une vie sobre. La sobriété chrétienne a ceci de particulier qu'elle n'est jamais une fin en soi. Elle est toute entière ordonnée, c’est-à-dire tournée vers Dieu, la création et les frères. Pour le chrétien, vivre sobrement ne signifie pas vivre moins. Cela signifie avant tout vivre mieux en respectant la loi naturelle, celle que Dieu a mise au cœur du monde et de ses créatures, en apprenant à savourer pleinement ce qui nous est donné et en privilégiant toujours le bien commun. Respecter la création, c'est respecter tout ensemble l'homme et Dieu. Il nous faut "ralentir la marche pour regarder la réalité d'une autre manière" (LS n°114) et, pour que de nouveaux modes de production et de consommation voient le jour, consentir à nous remettre en question.

Privilégier l'être à l'avoir, le "assez" au "toujours plus", l'équité entre tous les hommes de tous les continents, voilà le nouveau paradigme auquel il nous faut consentir si nous voulons garantir la paix sur cette terre et préparer un avenir aux générations à venir. Ce nouveau paradigme, développé pour répondre au fol emballement du capitalisme financier, c'est celui de l’écologie intégrale ou du développent intégral de l'homme. L'Église ne prétend pas se substituer à la science, à l'économie, au politique. Elle souhaite œuvrer "pour le bien commun" des hommes d'aujourd’hui et de demain.

2. Écologie intégrale et développement intégral de l'homme

Accumuler se fait le plus souvent au détriment de quelqu'un, de nous-mêmes d'abord et de l'Alliance qui nous unit à Dieu, de la terre qui n'en peut plus, de nos frères défigurés. Un jour, il nous faudra rendre compte de notre attitude, sinon devant les hommes, du moins devant Dieu.

En janvier 2020, l'OXFAM, qui regroupe dix-neuf associations qui luttent contre la faim dans le monde et la pauvreté, publiait un rapport accablant : aujourd'hui, un peu plus de 2.000 milliardaires dans le monde se partagent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population de la planète !

À ceux qui vivent la pauvreté, à nos frères d'Asie, d'Afrique, d'Océanie, d'Amérique latine, aux pauvres qui errent dans les rues de nos villes prospères d'Europe et d'Amérique du Nord, à eux il serait indécent de parler de "sobriété heureuse". Ceux-là sont les vrais pauvres, sacrifiés, oubliés. On sait que c'est vers eux que vont toute la tendresse de Dieu et toute la sollicitude de notre pape François. Les pauvres sont les premières victimes du dérèglement climatique. Ils sont les premières victimes de la crise sanitaire que nous traversons. En ce début du XXIe siècle, toute approche écologique authentique doit être une approche sociale des déséquilibres de notre monde. Elle doit aussi, pour nous croyants, être une remise en question courageuse de nos manières de vivre et de consommer afin que, de notre passage sur cette terre, ne demeure pas qu'un immense gâchis. La clameur des pauvres crie justice. "Si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément" assure le pape François (LS n°11). Dès lors, il est de notre responsabilité de créer les conditions favorables à la prise de conscience de ce qui nous unit à la création et à nos frères. Une écologie intégrale, un développent intégral de l'homme requièrent de notre part de "consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée" (LS n°225).

Sauver la planète sera possible si notre regard change et notre agir se modifie. C'est une prise de conscience à opérer pour chaque nation, chaque peuple et chaque individu en particulier. Si Dieu a fait de l'homme, créé à son image et à sa ressemblance, le sommet de la création, comme le récit de la Genèse nous le dit (Gn 1), ce n'est certainement pas pour qu'il ruine et épuise cette création mais bien au contraire pour qu'il en soit le gardien attentif, généreux et bienveillant.

L'écologie intégrale, qui doit aider l'homme et tous les hommes, à devenir pleinement humain ne saurait se réduire à des questions économiques. Toute la tradition de la Doctrine sociale de l'Église nous l'enseigne: "Ce qui compte pour nous, c’est l’homme, chaque homme, chaque groupement d’hommes, jusqu’à l’humanité tout entière" déclarait déjà le saint pape Paul VI dans l'Encyclique Populorum progressio de 1967 (n°14). Protéger la planète, c'est protéger la faune, la flore car quoi de plus terrible que ces images de la fonte des pôles, de ces ours faméliques condamnés à mourir de faim ? Quoi de plus terrible sinon sûrement d'assister impuissants aux spectacles d'hommes, de femmes et d'enfants qui meurent privés de leur habitat par un cyclone, une inondation, un incendie impossible à maîtriser, privés de leur dignité d'enfants de Dieu par un législateur qui décide qu'ils sont trop vieux, trop malades, pas assez désirés pour mériter de vivre ? Quel homme, quelle société, a le droit de décider de cela ? Nous sommes entrés insensiblement, sans doute anesthésiés par trop de progrès, de technique, de confort, dans une société, dans une culture mondialisée que le pape François n'hésite pas à qualifier du mot terrible de "culture du déchet" (LS n°22).

Il est urgent de protéger la création et il est urgent de protéger l'homme qui devient une espèce dénaturée, privée de sa culture et de sa dimension spirituelle.

Protéger la planète c'est aussi se rappeler que toute vie est sacrée, qu'elle est don de Dieu, qu'elle s'inscrit dans l'histoire du Salut pour y écrire la page unique que Dieu lui a demandé d'écrire. Protéger la planète c'est pour chacun de nous, ici et maintenant, œuvrer au plus près, dans notre vie quotidienne, avec nos voisins, nos amis, dans notre paroisse, dans notre église.

Protéger la planète c'est savoir s'engager auprès de nos élus pour qu'ils ne considèrent pas le mandat qui les a portés au pouvoir comme un blanc-seing leur donnant droit de disposer de l'avenir de l'humanité. Pris dans l'urgence de satisfaire les lobbies qui ont contribué à leur arrivée au pouvoir, ils se soumettent aussi aux exigences d'une finance toujours plus avide. La Doctrine sociale de l'Église, dans la recherche du développement intégral de l'homme, souhaite voir réhabilité le politique en tant qu'il doit être le garant du bien commun. La régulation des échanges internationaux ne se fera que si nos dirigeants y prennent une part active.

Pour le pape François, la "logique de domination", qui nous conduit à nous considérer puissants face à notre corps et à celui de nos semblables, nous conduit aussi à la " logique de domination sur la création" (LS n°155). La recherche du bien commun, fondement de la Doctrine sociale de l'Église, s'efface de notre horizon pour laisser la place à l'assouvissement du désir individuel consumériste.

3. Choisir la vie ! L'humanité est à un tournant.

Et soudain, du plus profond de son histoire, l'oreille attentive de l'homme peut entendre ceci : "Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Ce que je te commande aujourd’hui, c’est d’aimer le Seigneur ton Dieu, de marcher dans ses chemins, de garder ses commandements, ses décrets et ses ordonnances. Alors, tu vivras et te multiplieras ; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession" (Dt 30, 15 et s).

C'est une très ancienne Parole qui vient nous rejoindre aujourd'hui. C'est un cri d'amour adressé par Dieu à l'humanité sans doute sous le règne d'Ezéchias c'est-à-dire vers la fin du VIIIe siècle avant J-C. Dieu ne veut pas notre mort, il ne veut pas la mort de sa création. Il n'y a aucune fatalité pourvu que nous ne nous résignions pas.

La sobriété, pour être heureuse, va nous demander une vraie conversion. Il ne s'agit pas seulement de trier ses déchets, faire du vélo plutôt que de prendre la voiture ou l'avion, renoncer à la climatisation… même si tout ceci compte.

La sobriété, pour être heureuse, appelle aussi la recherche de la paix, de la fraternité, du partage. Elle est fille de l'émerveillement, de la disponibilité, d'un cœur grand ouvert. Elle se fonde, pour nous croyants, sur l'histoire de l'Alliance voulue par Dieu pour le salut des hommes. Nous pouvons nous mettre à l'école des communautés monastiques qui ont promu un art de vivre harmonieux alliant travail intellectuel et travail manuel, vie de prière et vie fraternelle. Elles sont nos maîtres sur le chemin de la sobriété heureuse !

Mgr Georges COLOMB Évêque de La Rochelle et Saintes Directeur national de la quête Pro Afris Vice-Président d’Aide aux Églises d’Afrique

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